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Comment définir la méditation ?

Après 9 ans d’enseignement de la méditation, je me suis habitué à cette question qui revient souvent de la part des gens qui n’ont jamais pratiqué : comment définir la méditation ? Je n’ai toujours pas trouvé une seule et irrémédiable réponse tant il existe des réponses à cette question. Mais j’aime à parler d’anti-école.

Il est quasiment impossible de répondre à une demande de définition de la méditation. Parfois, on répondra qu’il s’agit de s’asseoir et de respirer, ce qui techniquement est vrai, mais on passe alors pour un fou ou un doux illuminé, au pire un parasite de la société qui cherche à ne rien faire. Parfois on répondra plus techniquement en fonction de l’attente de celui qui pose la question, afin de lui faire entendre ce qu’il a besoin d’entendre. S’il s’agit d’un burn-out, cela redonne de l’énergie, un angoissé, cela calme les émotions, un dépressif, cela remonte le moral… mais en réalité la poursuite d’un but (et encore plus espérer l’atteindre), c’est de la poudre de perlimpinpin pour vendre de la lessive. Les maîtres quant à eux préfèrent répondre en disant tout ce que n’est pas la méditation, signifiant que tout le reste peut le devenir, mais là aussi il est assez difficile de comprendre leur cheminement et le néophyte repart sans avoir réellement reçu une réponse qui lui parle.

Une des réponses qui me plaît bien consiste à expliquer que la méditation est une anti-école. A l’école, on nous apprend à juger, évaluer, comparer, travailler pour gagner (des chiffres sur une copie, puis plus tard des bouts de papiers colorés), dépasser son prochain, être battu, être humilié, traité de feignant ou de bon à rien, se faire casser, blesser dans son intériorité, sa confiance, ou au contraire être mis au pinacle quand on suit bien les règles et faire croire que c’est là la bonne voie pour être heureux que de jouer au chien fidèle. Dans la méditation, rien de tout cela. On ne se compare pas, on n’entre pas en compétition les uns avec les autres, on ne cherche pas à gagner ou réussir quoi que ce soit, on ne cherche pas à se tuer à la tâche, on n’est pas félicité non plus pour des babioles ou pour mimer un comportement dit « acceptable ». Il n’y a pas de feignant, pas de bon à rien, car tout le monde est considéré comme étant ce qu’il est, ni plus, ni moins, c’est-à-dire un  être humain qui cherche à avancer sur son chemin de vie.

Mieux encore, toute notre éducation nous enseigne à faire des choses. Depuis tenir sa cuillère correctement en passant par les maths, dire bonjour, respecter le code la route, les règles de la société, puis la géographie, les langues, le sport, la grammaire, enfin faire des études avancées, un métier, s’occuper d’une famille, élever des enfants, avoir de relations sociales, amoureuses, amicales, professionnelles, tenir un budget, conduire une voiture, payer ses impôts, travailler avec des outils qui éclatent l’attention (informatique), suivre des ordres stupides et contre-nature, oublier de se plaindre, serrer les dents, apprendre à faire toujours plus de choses, encore et encore… jusqu’à en devenir fou ou névrosé. En méditation, on ne vous apprend rien. Il ne faut rien faire car il n’y a rien à faire. Cela paraît insensé. Et curieusement, c’est sans doute là la chose la plus difficile que vous aurez à faire de toute votre vie.

Pourquoi ? Parce qu’on ne vous l’a jamais enseigné. Regardez en arrière dans votre vie. Qui vous a dit, parent ou professeur, de vous asseoir et de ne rien faire, pas bouger, ne s’attacher à rien, même pas à ses pensées ou à ses émotions, à accepter tout ce qui vient sans faire le moindre mouvement. Qui vous a déjà dit de prêter une attention permanente au fait de vivre, de respirer, d’expérimenter la vie à chaque instant ? Qui vous a déjà dit que vous n’êtes rien, que vous êtes tout, et que personne n’est autre chose que vous-même et que le monde entier est là présent à chaque moment, en vous, autour de vous et bien au-delà aussi ? Qui vous a déjà dit que les autres ne sont rien d’autre que vous, qu’il n’y a pas de séparation, pas de peur, pas de mort, pas besoin de croire, ni de courir après quoi que ce soit et qu’il ne faut pas gagner sa vie, puisque vous l’avez déjà.

Libérez-vous avec la méditation. Oui mais qu-est-ce que la méditation ?

Oui, la méditation est une anti-école par rapport à nos sociétés modernes qui nous coupent du monde, de la nature, des autres et même – et c’est là le plus triste – de soi. Alors, on détruit pour gagner, on fait la guerre pour gagner, on s’épuise pour gagner. Mais faut-il se battre lorsque l’on sait que rien ne dure, qu’on ne possède rien et que nous ne sommes là que pour une seule chose : vivre, pleinement, en toute conscience, chaque instant merveilleux qui nous fait entrer dans la grâce du vivant, de l’amour et de l’unité.

Ivan Bel