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Réalités imaginaires : la monnaie

Dans notre quotidien, rien ne semble plus fort que le pouvoir de l’argent, si ce n’est l’amour. Tout le monde court après un salaire, un billet, une petite pièce de monnaie. Pourtant, tout cela n’est qu’une illusion de plus. Démonstration.

Comment pourrait-on vivre sans argent ? Cela paraît si impossible que nous passons les ¾ de notre vie à devenir l’esclave de notre vie professionnelle, quand ce n’est pas une passion, afin de pouvoir ramener du beurre dans les épinards. Mais si on utilise le regard profond, celui qui transperce les apparences, on s’aperçoit rapidement de l’inanité de ce comportement qui use tout le monde, et parfois avilie les individus. Car l’Homme n’a pas toujours eu besoin de l’argent. Pendant des millions d’années, il s’en est même très bien passé, n’utilisant que le troc quand cela était nécessaire. Les individus faisaient à peu près tout eux-mêmes, jusqu’à l’arrivée de la production spécialisée avec la révolution agricole. Une fois que les sociétés sont devenues plus importantes et le nombres de produits échangés toujours plus grand, il devenait impossible de connaître tous les taux de trocs entre chaque produit sur un marché. La réduction de la valeur des choses en une monnaie fut une grande avancée dans l’histoire de l’humanité. Voyons comme cela a évolué.

Histoire rapide des monnaies

Tout d’abord la première monnaie fut inventée par les Sumériens, le même peuple qui inventa la comptabilité et donc l’écriture (type cunéiforme). Cette monnaie était directement reliée à quelque chose de très concret qui avait une vraie valeur : l’orge. Ainsi les échanges purent se faire d’un bout à l’autre du royaume sumérien, mais l’orge avait plusieurs inconvénients. Lorsqu’on avait faim, on mangeait son capital (au sens propre), les rats et les souris le grignotaient et l’humidité le faisait pourrir. Ce fut donc un premier essai qui permit de tirer un enseignement de ces défauts.

Tablette sumérienne au musée du Louvres

La seconde monnaie bien connue en Afrique et en Europe fut le cauri, ce petit coquillage blanc que l’on trouve un peu partout. Non putrescible, non comestible, voici une monnaie qui tenait la route et pour longtemps. Imaginez un peu. Depuis l’antiquité, on a trouvé encore cette monnaie jusque dans les années 50. Ce système était si fiable et admis par tous que l’administration coloniale anglaise permettait encore dans les années 50 en Angola que les gens payent leurs impôts en cauris alors que la monnaie métal et papier existaient déjà depuis longtemps. Mais les cauris possédaient deux inconvénients : ils pouvaient se casser par accident et tout le monde pouvait les ramasser sur une plage et devenir riche ainsi. Il n’y avait donc pas de contrôle possible de la part de l’Etat, mais surtout l’augmentation de la monnaie dépendait entièrement des ressources trouvées dans la nature.

Cauris

Ce n’est qu’avec l’antiquité que les Hommes, surtout du bassin méditerranéen, prirent goût à l’argent et à l’or, ces deux métaux devenant LA référence absolue. Mais pour qu’une monnaie soit un système partagé par tous, il faut convaincre les autres peuples que cet objet, ou ce métal, est une garantie pour pouvoir acheter ce que l’on veut. Convaincre quelqu’un ou tout un peuple en ce en quoi l’on croit, la manière dont on voit les choses, cela s’appelle une croyance.  Cela ne va pas de soi pour tout le monde en même temps à travers le globe. Lorsque les européens (notamment lors de l’empire romain) demande toujours plus de soie chinoise, les premiers marchands n’ont que faire des pièces. On échange, on troc, on paye éventuellement en ballots ou en tissus précieux. Les Aztèques font de même en payant en graines de cacao et en coupons de tissu. Alors que la fièvre des métaux précieux emporte littéralement l’Europe et le pourtour méditerranéen, il fallut convaincre les autres parties du monde que l’or et l’argent devenaient la référence.

Continuons notre petit résumé d’histoire de la monnaie. Lorsque le billet en papier a été inventé, nous avons connu une autre avancée : la réduction de poids, l’importance de l’imaginaire et des chiffres. Avant cela, la valeur d’une pièce correspondait directement du poids et du métal utilisé. Avec les billets, transporter 1000 unités de monnaie devenait nettement moins lourd que 1000 pièces de monnaie. De plus on pouvait imprimer le chiffre qu’on voulait sur un bout de papier chiffon (la monnaie n’est jamais imprimée sur du papier à base de bois), ce qui permettaient d’inventer des valeurs fantastiques, notamment en cas de crise monétaire comme ce fut le cas dans l’Allemagne entre les deux guerres mondiales.

Enfin aujourd’hui la monnaie tend à disparaître au profit de chiffres numériques sur un écran informatique. N’importe qui peut se connecter à son compte bancaire, même sur son téléphone, et apprécier son salaire qui est tombé à la fin du mois, devenant ainsi plus riche que le jour précédent. La dématérialisation de la monnaie est la dernière étape de l’évolution historique de l’argent.

Conclusions intermédiaires

De ce mini cours d’histoire on peut tirer quelques enseignements utiles :

1-     Tout d’abord que le support de la monnaie n’a aucune importance. Sa force tient dans la croyance partagée entre les peuples que c’est bien l’orge, le cauri, l’argent ou le billet qui est la référence commune pour acheter ou vendre. C’est donc un système de croyance partagé, si bien partagé aujourd’hui que le monde entier a repris le système monétaire inventé par les européens. Actuellement être indien, chinois, occidental ou africain ne change rien vis-à-vis de cette croyance, alors que les religions restent des croyances non-universellement partagées.

2-     Que le support peut toujours disparaître car il est fragile (puisque matériel). De nos jours il est encore plus fragile (puisque virtuel) et se retrouve à la merci d’une panne informatique, d’un bug ou d’un virus qui attaquerait le système bancaire. Sans parler de la fin de l’électricité qui sonnerait illico la fin des richesses. Notre croyance est donc basée sur du vent, ou devrais-je dire, sur des bits informatiques. On n’a jamais vu une monnaie qui possède une valeur aussi nulle. Quand on pense que les gens sont prêts à s’entretuer pour des chiffres sur un écran, cela laisse songeur…

3-     Enfin, que la monnaie ne représente absolument rien lorsque l’on vit en relation avec la nature. Imaginez un instant que vous vouliez faire construire une grande maison dans le bush australien. Vous allez voir les aborigènes du coin et leur demandez de construire la maison. En échange, vous leur montrez des liasses de dollars australiens. Tout ce qu’ils verront ce sera des morceaux de papiers colorés. Au mieux, ils feront du feu avec, au pire… ils pourront toujours s’essuyer avec. En résumé, vous n’avez aucune chance de les voir travailler pour des bouts de papiers colorés, alors que c’est exactement ce que la grande majorité du monde fait. Nous sommes bien dans une croyance puisqu’elle n’est reliée en rien à un rapport concret au monde.

Heureusement, il y a l’Euro

Prenons le cas de la monnaie européenne, qui est une monnaie partagée par de nombreux pays et reconnue comme étant le plus forte du marché monétaire actuel. Est-ce que cette monnaie possède une quelconque réalité ? Si l’on revient sur la première partie de l’article, la réponse est claire. La monnaie n’est qu’une croyance, un imaginaire devenu réalité. Mais jusqu’où cela va-t-il ?

L’Euro est basé sur la confiance accordée (une émotion et une croyance donc) en la banque centrale européenne. La force de la BCE tient sur la stabilité politique de l’Europe, c’est-à-dire, dans la croyance dans nos institutions européennes. Ces institutions européennes tiennent elle-même en la croyance qu’il existe un continent qui s’appelle l’Europe, qui n’existe que sur des cartes en papier, puisque géologiquement rien ne nous sépare du Moyen-Orient, de l’Asie, ni de l’Afrique. L’Europe s’est elle-même définit comme allant jusqu’aux monts Oural, de par le fait que les peuples sont plutôt des caucasiens jusque là et des turcos-mongols après cette frontière naturelle qui se trouve pourtant en plein milieu d’un même pays, la Russie. La frontière tient donc en la volonté d’un entre-soi (entre blancs pourrait-on dire) dont la frontière a évolué tout au long de l’histoire au gré des invasions (les Huns, les Mongols notamment).

Une des nombreuses cartes de l’Europe pendant son histoire mouvementée

Mieux encore, l’idée même d’Europe et la création de son nom nous vient d’une princesse phénicienne (elle sera la mère de Minos futur roi de Crête et de Radamanthe) qui fut emportée sur le dos d’un taureau noir, qui n’était d’ailleurs pas un taureau mais Zeus lui-même déguisé en animal, afin de l’emporter au loin et – il faut bien le dire – abuser d’elle un peu plus loin en Crête lorsqu’épuisée par la chevauchée, elle se laissa aller sur la plage. Nous sommes donc en train de nous persuader que nous avons une foi à toute épreuve dans une réalité monétaire dont la croyance remonte à une femme emportée sur un taureau divin en rut, et dont toutes les étapes que nous venons de résumer montrent qu’à chaque fois il s’agit d’une nouvelle croyance qui se superpose à une autre. Si ça ce n’est pas de la croyance – que l’on peut même qualifier de fantasme – auquel notre mental a donné corps. En d’autres mots, l’argent pour lequel nous nous usons toute notre vie, nous nous battons dans les entreprises, pour lequel nous pillons toutes les ressources de notre Terre jusqu’à risquer l’épuisement total, pour lequel des groupes industriels, des milices ou des armées sont prêt à tuer (pour un simple salaire) leurs semblables, les animaux ou la nature n’est qu’une réalité imaginaire que notre mental a construit de toutes pièces au fil des siècles. Le regard profond permet de remettre de l’ordre dans nos illusions.

Europe enlevée par Zeus déguisé en taureau

Il n’y a qu’une seule conclusion à tout cela : pour se libérer de nos fantasmes destructeurs, de nos réalités imaginaires, il est urgent de méditer et de lever le voile de nos croyances.

Bonne méditation.